Sept ans qu'on attendait ce résultat. Sept ans que les bénévoles de la fédération de pêche, l'agence de l'eau Rhin-Meuse et la commune surveillent la lente recolonisation du Sânon par la truite fario. L'inventaire piscicole 2025 confirme : la population est revenue, durablement.
Un cours d'eau abîmé
Au début des années 2000, le Sânon avait quasiment perdu ses populations piscicoles d'origine. Trois facteurs concomitants : la canalisation du cours dans les années 1970 (pour assainir les terres agricoles attenantes), la présence de plusieurs seuils infranchissables hérités d'anciens moulins, et la pollution diffuse liée aux pratiques agricoles. Inventaire 2017 : zéro truite fario sur les deux kilomètres tests, contre une cinquantaine d'individus dans les années 1960.
Un programme de restauration ambitieux
Lancés en 2018, les travaux ont coûté 380 000 euros, financés à 80 % par l'agence de l'eau. Trois grandes interventions :
- Aménagement de deux passes à poissons sur les anciens seuils du moulin Husson et du moulin de la Croix.
- Reméandrage du cours sur six cents mètres : recréation des sinuosités naturelles, plantation de ripisylve.
- Création de trois zones de frayères en amont, par apport de granulats calibrés.
Côté pratiques agricoles, deux exploitations riveraines (Lhuillier et Toussaint) ont accepté de mettre en place des bandes enherbées de cinq mètres en bordure du cours, en contrepartie d'aides MAEC. Effet immédiat sur la qualité de l'eau : nitrates divisés par deux entre 2018 et 2022.
L'inventaire 2025 : la confirmation
Le dernier inventaire piscicole, conduit en septembre 2025 par la fédération de pêche de Meurthe-et-Moselle selon la méthode des pêches électriques (qui ne tue pas les poissons), a permis de dénombrer :
- 38 truites fario sur les deux kilomètres tests, dont douze juvéniles de moins d'un an — preuve d'une reproduction sur place.
- 14 chabots, 22 vairons, 6 loches franches : retour également des espèces compagnes.
- Disparition presque complète des espèces invasives (poisson-chat américain notamment).
Ce qui m'émeut le plus, ce sont les juvéniles. Cela veut dire que les truites adultes ne sont pas seulement passées : elles s'installent, elles se reproduisent. Le ruisseau est redevenu vivant. — Bernard Hardy, technicien fédération de pêche 54
La pêche, en 2027 ?
La question revient régulièrement : à partir de quand pourra-t-on pêcher sur le tronçon réhabilité ? La fédération recommande de patienter encore au moins un cycle complet, soit jusqu'à 2027, pour valider la stabilité de la population. La commune soutient cette approche prudente. Une consultation publique sera organisée à l'automne 2026 pour décider collectivement des modalités d'ouverture (parcours « no-kill », période, quota) si la pêche devait reprendre.
D'ici là, le Sânon reste un espace d'observation. Les Amis du patrimoine et l'école Pierre-Vautrin organisent régulièrement des sorties pédagogiques le long du cours. Prochaine balade naturaliste : samedi 6 juin, départ 9h30 du parking du stade, gratuit sur inscription.