C'est un objet en plexiglas gravé, vingt-deux centimètres de haut, qu'ils se passent depuis dimanche soir comme on se passe un trophée de coupe du monde. Sauf que l'objet pèse trois cents grammes, qu'il symbolise une troisième place européenne, et qu'il a été remporté par une équipe dont la moyenne d'âge est de dix-sept ans et trois mois.
L'European Junior CTF, c'est l'équivalent moins de vingt-cinq ans de l'European Cybersecurity Challenge. Un week-end de compétition par équipes nationales, organisé chaque année par l'ENISA (l'agence européenne de cybersécurité), avec l'appui d'une école d'accueil — cette année, la TU Berlin. Dix pays présents : Allemagne, France, Espagne, Italie, Pologne, Pays-Bas, Belgique, Tchéquie, Roumanie, Suède.
Comment Synapsis s'est retrouvée dans l'équipe France
Le collectif Synapsis a d'abord remporté, en mars, les qualifications nationales junior organisées par l'ANSSI et le campus Cyber. Sept équipes en lice, classement final à mi-février, qualification confirmée pour les quatre meilleurs. Synapsis termine deuxième. Trois de ses membres — fauxrouge, kzaales et une troisième camarade installée à Strasbourg — sont sélectionnés pour intégrer la délégation française, complétée par cinq autres jeunes issus d'équipes différentes.
Vendredi soir : le coup d'envoi
Vendredi 25 avril, 18h heure locale. Cent cinquante jeunes répartis dans le grand hall de la TU Berlin. Vingt-quatre heures de jeu, puis une pause de huit heures, puis douze heures supplémentaires. Trente-six heures de compétition cumulées, étalées sur le week-end. Pizzas, café, et une règle stricte : aucun outil cloud, aucune assistance d'IA générative. Tout doit se faire localement, sur les machines fournies, traçables.
Dès la première heure, la France remonte le classement avec deux résolutions web rapides — fauxrouge en tête. Mais à minuit, c'est l'Allemagne qui mène, portée par un coup de génie de leur capitaine sur un challenge de reverse. Au coucher (3h du matin pour la délégation), la France est troisième.
Samedi nuit : le challenge crypto
C'est sur le créneau de samedi soir que tout bascule. Un challenge de cryptographie marqué « 500 points », que personne n'a encore résolu après vingt-six heures, et que les organisateurs commencent à regarder avec méfiance — peut-être trop dur, peut-être boggé.
Ils nous ont donné un fichier qui ressemblait à du chiffré classique mais qui ne l'était pas. Au bout de trois heures, j'ai compris que c'était un schéma à clé courte mais avec un padding non standard. Ensuite c'était de la patience. — kzaales, à propos du challenge « MoonGlow »
À 3h44 du matin, kzaales soumet le flag. C'est la première résolution mondiale. Cinq cents points pour la France, plus le bonus first blood de cent points supplémentaires. La délégation passe en tête au scoreboard, à quatre-vingt-douze points devant l'Allemagne.
Dimanche : la course-poursuite
Le dimanche matin, l'Espagne et l'Italie reviennent fort. La France, fatiguée, perd sa première place vers 14h. À 17h, fin officielle de la compétition, le classement définitif tombe :
- 🥇 Allemagne — 11 240 points
- 🥈 Espagne — 10 880 points
- 🥉 France — 10 510 points
- 4. Italie — 9 990 points
- 5. Pologne — 8 470 points
Une médaille de bronze, et la satisfaction d'un challenge crypto résolu en premier mondial. Pas de quoi rougir.
Réception en mairie le 24 mai
Pour saluer cette performance, la commune de Porte Saint Clou organise une réception officielle salle du conseil le samedi 24 mai à 11h, en présence de Anne Mougenot, maire, et de représentants du collectif Synapsis. La rencontre est ouverte au public dans la limite des places disponibles ; un pot de l'amitié suivra dans la cour de la mairie.
Un mot, peut-être, sur la suite : la délégation française est automatiquement invitée à la finale mondiale du Junior CTF Worldwide qui se tiendra à Tokyo en novembre. Synapsis y déléguera vraisemblablement ses deux mêmes représentants, plus une nouvelle recrue à confirmer. Une cagnotte associative est ouverte pour aider à financer le déplacement.