Sur le papier, c'est une association loi 1901 déclarée en préfecture de Meurthe-et-Moselle le 14 février 2024. Dans les faits, c'est d'abord un serveur Discord ouvert un an plus tôt par deux adolescents qui ne s'étaient jamais croisés en vrai et qui s'amusaient ensemble à résoudre, en ligne, des challenges de sécurité informatique.

Le serveur s'appelait Synapsis, en référence à la jonction neuronale, parce que « ça parlait de connexions et que ça sonnait bien », sourit kzaales, seize ans aujourd'hui, en visioconférence depuis sa chambre à Nancy. Deux ans plus tard, Synapsis compte douze membres actifs entre quinze et vingt-deux ans, recrute par cooptation, refuse les sponsors qui ne respectent pas leur charte éthique, et figure parmi les meilleurs collectifs juniors français au classement CTFtime.

Deux fondateurs, deux profils complémentaires

Fauxrouge, dix-sept ans, lycéen à Henri-Loritz, habite à Porte Saint Clou. Spécialité : la sécurité des applications web. Méthodique, plutôt taiseux, il rédige les rapports techniques et tient à jour la documentation interne du collectif. kzaales, seize ans, scolarisé dans un autre lycée nancéien, est le profil offensif : reverse engineering, cryptographie, le genre de challenge où il faut « casser un format inconnu en trois heures ».

CTF, kézako ? Capture the Flag : une compétition de sécurité informatique où des équipes doivent résoudre des défis (web, cryptographie, reverse, OSINT…) pour « capturer » des chaînes secrètes appelées flags. Format inventé à la DEF CON en 1996, désormais le terrain d'entraînement principal des futur·es professionnel·les de la cybersécurité.

« On se complète bien parce qu'on n'aime pas du tout les mêmes choses », résume kzaales. Fauxrouge confirme : « Lui se met sur un binaire pendant huit heures, moi je perdrais patience au bout de deux. À l'inverse, je peux passer la nuit à mapper une API REST et il trouve ça mortel. C'est ce qui nous a fait commencer ensemble. »

Une charte avant un nom

Avant même de choisir un nom collectif, les deux fondateurs avaient écrit ce qu'ils appellent les sept lignes — sept principes de conduite qui tiennent en une page A4 et que tout nouveau membre signe :

« C'est presque scolaire comme texte, mais ça nous protège », explique Fauxrouge. « Quand on est mineur et qu'on touche à ces sujets, il faut un cadre clair. La charte évite les zones grises. »

Encadrés, pas isolés

Le collectif s'est entouré, dès ses premiers mois, de deux mentors bénévoles : un consultant en sécurité d'une entreprise nancéienne et une doctorante en cryptographie de l'université de Lorraine. Ils relisent les rapports avant publication, accompagnent les disclosures délicates et organisent des sessions de revue technique le mardi soir, en visio. « Ils ne décident rien à notre place. Ils nous évitent juste les bêtises de débutants », précise kzaales.

Notre rôle n'est pas de leur enseigner la cybersécurité — ils en savent souvent plus que nous sur certains sujets — mais de leur transmettre les réflexes professionnels. Le respect du temps de l'autre, la rigueur du rapport, la prudence dans les conclusions. — Mentor de Synapsis, ingénieur sécurité

Quelques chiffres

Le territoire compte

Synapsis aurait pu s'enraciner à Paris, à Rennes, ou rester purement en ligne. C'est un choix assumé d'avoir conservé un ancrage Grand Est, avec des réunions physiques trimestrielles à Nancy, et une présence régulière dans les événements régionaux : Hack Lorraine, le forum FIC à Lille, la Nuit du Hack Junior. Pour Porte Saint Clou, qui héberge l'un des co-fondateurs, c'est devenu un sujet de fierté discrète mais réelle.

Le collectif tiendra une permanence à la salle des associations le samedi 14 juin de 14h à 18h, dans le cadre de la fête du village. Au programme : démonstrations, mini-CTF pour ados, et discussion ouverte avec les parents qui se posent des questions sur les pratiques numériques de leurs enfants.


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