« Levez la main si vous utilisez le même mot de passe pour deux comptes différents. » Sept doigts se lèvent dans la classe. Fauxrouge sourit, sans jugement. « Pareil chez les adultes. C'est même pire. On va voir pourquoi c'est un problème, et surtout ce qu'on peut faire à la place. »

Mardi 29 avril, école Pierre-Vautrin. Les dix-neuf élèves de la classe unique — du CP au CM2, mais l'atelier est calibré pour les plus grands, avec une activité parallèle pour les plus jeunes — accueillent un intervenant inhabituel : un adolescent du village, à peine plus âgé que les collégiens du RPI, et qui se présente d'abord par son pseudonyme.

Une intervention demandée par la mairie

L'idée est née début 2026 lors d'une commission jeunesse. « Quand on a su que Fauxrouge faisait ce qu'il fait, on s'est dit qu'il avait peut-être quelque chose à transmettre aux plus jeunes du village », explique Sophie Eberlé, adjointe à la jeunesse. Proposition à la directrice, accord des parents délégués, créneau bloqué dans le planning de fin d'année. Total : trois mois d'échanges pour caler les contenus avec l'enseignante, Mme Roussel.

« Je ne voulais surtout pas que ça soit un truc anxiogène, du genre "attention le grand méchant Internet" », précise Fauxrouge. « Les enfants vivent en ligne, ce n'est pas la peine de leur faire peur. L'idée, c'est de leur donner des réflexes. » Cette intervention est portée par le collectif Synapsis, dont il est l'un des cofondateurs.

Trois ateliers en un

L'heure trente est découpée en trois temps :

La méthode Synapsis Les supports utilisés par Fauxrouge sont libres et téléchargeables sur le site du collectif. Ils ont été co-construits avec une enseignante du primaire et relus par la déléguée académique au numérique éducatif de l'académie de Nancy-Metz.

Côté élèves

Moi je pensais que mon prénom plus ma date de naissance c'était bien comme mot de passe. Maintenant j'en ai un avec quatre mots qui font une phrase bizarre. Ma mère a essayé de le deviner, elle a pas réussi. — Yanis, CM2

Les questions fusent en fin de séance : « Et si je me fais pirater maintenant, je fais quoi ? », « Tu peux pirater Fortnite ? », « Pourquoi tu mets une cagoule sur les photos ? ». Fauxrouge prend chaque question avec sérieux et répond sans esquive. Il finit l'atelier en distribuant une fiche récapitulative en deux pages, à coller dans le cahier de liaison pour les parents.

Une intervention annuelle

Au vu du retour très positif des élèves, des parents et de l'enseignante, la mairie et le collectif Synapsis ont convenu de pérenniser l'atelier : une intervention annuelle à l'école Pierre-Vautrin, au printemps, à destination des CM2 sortants — ceux qui s'apprêtent à entrer au collège, donc à recevoir leur premier vrai téléphone, à créer leur premier compte, à se confronter aux groupes WhatsApp de classe.

Une seconde intervention, à destination cette fois des parents d'élèves, sera testée à la rentrée 2026 — un mardi soir, à la salle des fêtes, sur inscription. Les détails seront communiqués dans le bulletin de septembre.